11/09/17

666… Le coordonnateur santé et sécurité aux portes de l’enfer!

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Un jour, je dînais avec un client qui est coordonnateur en santé et sécurité au sein d’une grande organisation. Je ne pouvais éprouver que de la compassion pour lui relativement à la situation dans laquelle il se trouvait.

Il me décrivait l’entreprise pour laquelle il œuvrait comme un endroit où la santé et la sécurité étaient une affaire politique, où obtenir un bonus était plus important qu’éliminer les accidents et, finalement, où le coordonnateur santé et sécurité était seul responsable de la santé-sécurité.

Je me suis alors rappelé certaines de mes propres expériences, puis celles d’amis et d’autres clients qui étaient similaires à la sienne. Elles avaient toutes en commun une chose, le 666 : l’enfer des coordonnateurs santé et sécurité!

Le premier 6 : L’enchantement

Le premier 6 du 666 représente les six premiers mois où vous êtes embauché. Après une entrevue de sélection où l’on vous a convaincu de l’importance de la santé-sécurité pour l’organisation (mais où le directeur général était absent, car il n’était pas disponible cette journée-là), vous entrez en fonction. Votre nouveau patron (souvent le directeur des ressources humaines) vient alors vous accueillir et vous présenter à vos nouveaux collègues.

Vous êtes gonflé à bloc à l’idée de joindre enfin les ligues majeures de la prévention. Vous voilà parti, et ce ne sont pas les possibilités d’améliorations qui manquent (étrangement). Vous essayez de vous faire entendre, puis tout ne semble pas si simple. Bizarre… La réceptivité ne ressemble pas à celle que l’on vous a décrite à l’entrevue.

Vous arrivez à votre premier comité paritaire (sans mandat), et vous êtes maintenant exposé aux tirs à boulets rouges provenant tant des cadres que des employés. Finalement, vous en ressortez indemne, mais désabusé; vous êtes plutôt surpris de quitter la rencontre avec une liste de dossiers qui traînent depuis trois ans. Vous vous posez alors intérieurement la question : « Mais qu’est-ce que c’est que ce foutoir? »

Le deuxième 6 : La compréhension

Ayant la carapace solide, vous relevez la tête et décidez de faire de votre mieux pour corriger les aberrations. Vous trouvez quelques alliés ici et là pour faire progresser les broutilles du quotidien. Cependant, pour faire avancer les choses — les vraies — vous devez faire passer vos messages par votre patron (le directeur des ressources humaines) afin qu’il amène l’information au comité de direction.

Vous avez droit à 15 minutes accordées par votre patron avant son comité de direction. Toutefois, son regard vide pendant que vous lui exposez le manque de rigueur du plan d’action, les lacunes importantes relatives au cadenassage, les besoins de sauveteurs en espaces clos et les manquements légaux importants de votre organisation vous laisse un peu perplexe.

À la fin de la réunion du comité de direction, vous courez vers le bureau de votre patron pour savoir comment vos dossiers vont se régler, puis… ô malheur! Rien n’est réglé. Ils n’ont pas eu le temps de discuter de vos points. Vous aviez pourtant insisté sur l’importance capitale qu’ils avaient et vous vous étiez bien préparé. La machine à noyer le poisson est en marche.

Le troisième 6 : La désillusion

Votre solide carapace se transforme tranquillement en une peau très mince. Tous les prétextes sont bons pour ne pas avancer et ne pas changer. Les six premiers mois, vous étiez enthousiaste; les six mois d’après, vous avez compris dans quoi vous étiez, et vous désiriez changer les choses. Dans les six mois qui suivent, vous vous rendez compte que rien ne va changer.

Rigueur : inexistante. Leadership : on ne peut plus faible, voire négatif. Appropriation par la gestion : nulle, mis à part vos quelques alliés qui vous aident parce qu’ils vous aiment bien. L’incohérence est au menu. Vous comprenez pourquoi vos collègues en qualité et en environnement s’arrachent les cheveux : ils vivent la même chose que vous. Vous commencez même à douter que le « pas bon » qui était en poste avant vous n’était pas si « pas bon », et qu’il était peut-être même un peu brillant d’être parti vers un monde meilleur.

Le dernier 6 sera celui de la désillusion, et peut-être celui où vous mettrez à jour votre curriculum vitae vous aussi.

Un peu de réconfort

Le 666 n’est pas une règle absolue et peut varier selon votre situation et votre niveau de tolérance. Toutefois, une chose est certaine : si vous êtes une personne de performance, vous ne vous retrouverez jamais bien dans un tel milieu. Je l’ai caricaturé pour illustrer son principe, mais probablement que plusieurs s’y reconnaissent tout de même.

Y a-t-il des solutions? Regardez tout d’abord votre stratégie. La première question à vous poser est de savoir si ce que vous proposez est simple ou complexe. Si c’est complexe, les chances que l’on vous soutienne sont nulles — les gens ont horreur de la complexité.

Aussi, comme le veut le proverbe, Rome ne s’est pas faite en un jour. Il faut apprendre à être patient. Remplacer un seul ingrédient peut parfois tout changer — à vous, toutefois, de trouver cet ingrédient.

Tout cela est bien beau, mais vous vivez tout de même votre enfer. Malheureusement, sans l’engagement total de votre direction générale en prévention, vous resterez en enfer pour l’éternité, je vous le garantis! À moins d’un changement majeur au sein de votre équipe de direction, vos chances de succès sont plutôt minces. Gardez quand même en tête qu’il y a un côté positif à tout et que vous apprenez actuellement ce qu’il ne faut pas faire pour bien gérer la santé-sécurité, et cela vous servira autant que de savoir quoi faire.

Si vous décidez de changer d’entreprise, avant de retourner dans de nouvelles flammes de l’enfer, préparez donc certaines questions de base qui vous donneront quelques bonnes indications sur la gestion de l’organisation en santé et sécurité. Par exemple, quels sont les risques les plus élevés au sein de l’organisation? Quels sont les trois éléments les plus importants du plan d’action cette année? Concrètement, comment l’équipe de direction a-t-elle exercé son leadership l’année dernière? Ou même, tout simplement : pourquoi le directeur général n’est-il pas présent à la rencontre?

Si vous vous sentez seul comme Tom Hanks sur son île dans Seul au monde, ne vous en faites pas : je peux vous jurer qu’il y a des dizaines, voire des centaines d’autres personnes dans la même situation que vous. Si cela ne suffit pas, eh bien, je suis là moi aussi, et dites-vous que je vous aime bien.

Une situation comme celle-là est difficile, d’un point de vue professionnel. Je vous souhaite donc de passer de l’enfer au paradis — que votre 666 de l’enfer se transforme en 777 chanceux!

Bon succès!