22/09/14

GÉREZ LA SANTÉ SÉCURITÉ. OBTENEZ LE MEILLEUR... PRÉVENEZ LE PIRE. - EXTRAIT 1

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« L’échec en santé sécurité comme dans tout autre domaine est tel qu’une lame tranchante. Si on la prend du mauvais côté, elle peut blesser, si on apprend à l’utiliser, elle peut être d’une aide déterminante dans l’atteinte de notre objectif. » 

Marc-André Ferron

 

Chapitre 1 – Mon début de carrière

J’ai gradué au collège il y a déjà de cela bon nombre années déjà, en santé sécurité au travail et hygiène industrielle. Un cours technique dans lequel on nous apprenait différentes réalités de base en matière de santé sécurité.

 

Dans les années qui ont suivies, j’ai eu l’occasion de débuter ma carrière sur un chantier majeur en construction de 3500 employés. Ce chantier avait été fermé à quelques reprises par les autorités pour des manquements en santé sécurité et un climat lourd y régnait relativement à la prévention. Bien qu’il y avait un grand nombre d’agents de prévention sur les lieux,  une forme d’anarchie en santé sécurité y régnait. Chacun établissait ses propres règles en prévention.

 

Par contre, j’ai beaucoup appris sur les différents volets techniques de la santé sécurité ainsi que sur l’attitude à adopter sur le terrain avec une bande de gars pas toujours faciles, dont un bon nombre flambaient leur paye au bar du coin dès la réception du chèque le jeudi.

 

D’ailleurs, nous avions la consigne d’être particulièrement vigilant le vendredi car les travailleurs passablement amochés de la veille n’avaient pas tout à fait la tête à l’ouvrage et étaient plus susceptibles aux accidents de travail.

 

Dépendamment des organisations où vous ouvrez, certains d’entre vous doivent se dire que cela doit faire pas mal longtemps et que les choses ont bien changées mais détrompez-vous, ce n’est pas tout à fait le cas. Pendant, que certains d’entre vous voit dans ce passage des reliques du passé, d’autres y voit leur réalité quotidienne encore aujourd’hui.

 

J’avais 18 ans à l’époque et à peine quelques poils de barbe, pour m’adresser à des gars de construction dont la moyenne d’âge avoisinait les 52 ans. Je faisais partie d’une équipe de jeunes préventionnistes chargé d’instaurer un programme d’identification des risques sur les lieux de travail par les employés. Une activité très louable en soit.

 

Je me rappel très bien la journée ou mon supérieur immédiat m’avait dit; « Aujourd’hui, tu vas aller rencontrer les monteurs d’aciers de telle compagnie ». « Pas de problème, Claude! ».  

 

Arrivé à la roulotte des monteurs d’acier, je serre la pince à quelques gars qui jusque-là étaient tous très cool.  Quelques minutes plus tard, le contremaître m’annonce officiellement et  me voilà en avant des trente ou quarante gars à leur dire qu’ils ont désormais des petits feuillets d’identification des dangers à compléter avant de débuter leurs travaux.

 

Après la première question… « Heye le jeune! Ta mère sais-tu que t’es icite! », soutenue par la rire des 39 autres gars,  la deuxième question est arrivée : « Es-tu venu en autobus? »… « Haaaaaaaaaa! ». 

 

J’étais un peu trop seul en avant, jeune, petit et maigre pour dire à ces quarante brutes que je ne les trouvaient pas super drôle, alors j’ai continué à leur parler de sécurité. Puis…troisième main levée… « Oui, monsieur, vous avez une question ? ». « Non, c’est juste que nous autre on trouve que la sécurité icite c’est de la marde! »

 

Ouff!, il commençait à faire chaud dans la roulotte et je faisais maintenant vraiment face à un argument choc sur mon programme d’identification des dangers… Bien que je détenais un argumentaire qui se tenait bien, les gars m’ont invité poliment à sortir de leur roulotte. Fin de la discussion. Wow! J’avais vraiment fait une belle performance!

 

De retour à mon bureau, j’étais à remettre ma future carrière en question quand je suis passé voir mon patron qui a éclaté  de rire en me disant qu’il lui était arrivé sensiblement  la même chose la semaine précédente. Super! J’ai donc poursuivi ma carrière suite à cette encourageante discussion.

 

Quelques mois plus tard, je débutais comme technicien en hygiène du travail. Je mettais donc désormais en application les notions apprises au collège. Je me suis donc mis à aller échantillonner différents contaminants dans toutes sortes d’organisations. 

 

À la recherche des solvants, poussières, bruits, contraintes thermiques et autres, j’ai visité des usines de meubles, fonderies, textiles, bateaux, guitares, et bien d’autres. Tous aux prises avec différents problèmes de santé au travail. 

 

Par moment, je me demandais si l’ensemble de la population avait franchi le cap de l’an 2000 ou si certaines entreprises avaient périclité dans les années 1800. Je vous jure que même aujourd’hui vous seriez très surpris de savoir ce qui existe près de chez-vous. Même au Québec, les conditions de travail ne sont pas si loin par moment de celles de certains pays d’Afrique.

 

Bref, un jour je devais aller échantillonner des solvants  avec un collègue dans une industrie qui fabriquait de la peinture industrielle en gros volume. Après avoir jeté un œil aux fiches signalétiques des principaux composants de la peinture nous, nous étions obligés d’admettre que la grande majorité étaient cancérigène, ce qui était peu réjouissant pour commencer un boulot.

 

Nous arrivions dans le stationnement extérieur de l’organisation quand les yeux se sont mis à me chauffer et le nez à me brûler. À l’intérieur, les larmes coulaient sans arrêt sur mes joues et l’odeur était insupportable. Nous avons passé toute la journée à mesurer ces différents contaminants. 

 

L’ensemble des travailleurs présents, qui ignoraient totalement la nature de ce qu’ils respiraient, étaient tous fier de nous dire qu’eux ne sentaient plus rien. Un genre de marque de virilité d’avoir les nerfs olfactifs brûlés de la part de ces gars qui gagnaient le salaire minimum et qui appelaient leur contremaître qui faisait douze dollars de l’heure à l’époque; « le plein ».

 

À un certain moment de la journée mon collègue éclatât de rire et moi de le suivre. Nous ignorions complètement ce qu’il y avait de drôle mais c’était assurément très drôle. Incapable de nous contrôler, les deux techniciens désormais aux allures de Cheech et Chong, étaient morts de rire en plein milieux du plancher de productions, où des agitateurs brassaient cinq à six mille litres de solvants à aires ouvertes. 

 

Afin de mettre fin à ce fou rire, je suis sortie à l’extérieur, histoire de ne plus avoir mon collègue devant moi et de retrouver mes esprits. À la fin de la journée, j’ai pris mon véhicule et après quelques minutes de conduite, je me suis rendu compte que je voyais double. Je croyais que c’était à cause de mes verres de contact, alors je me suis rangé sur l’accotement. 

 

Après avoir enlevé mes verres de contact et mis mes lunettes, j’ai repris la route mais étrangement tout était toujours en double ou embrouillé. De retour au travail le lendemain, j’ai raconté à mon collègue ce qui m’était arrivé et il m’ dit qu’il a vécu sensiblement la même chose.

 

Quelques jours plus tard, nous avions reçu les résultats de nos échantillons qui arrivaient du laboratoire d’analyse. Nous avons cru immédiatement à l’erreur quand nous avons constaté que les résultats obtenus correspondaient à 1200 fois les normes!

 

Nous sommes donc retournés sur place, pour échantillonner à nouveau. J’ai alors raconté mon histoire de vision double au contremaître sur place (Le Plein…) qui m’a rétorqué immédiatement qu’il avait déjà dû garder un tuyauteur sur place à l’heure du dîner, parce qu’il n’était absolument plus capable de conduire.  Ils avaient fait livrer du poulet au gars en question et ce dernier était assis devant son poulet à rire aux éclats.

 

Bref, quelques temps plus tard,  nous avons reçu les résultats du deuxième échantillonnage, qui étaient exactement identique au premier. Lors de la présentation des résultats aux employés, je peux vous jurer qu’après avoir compris à quels risques ils étaient exposés et qu’ils ne sentaient plus par leur voies olfactives détruites, cela a eu l’effet d’une douche d’eau froide.

 

Heureusement l’ensemble des entreprises n’étaient pas tous de nature aussi désastreuse mais je ne peux malheureusement pas dire qu’ils n’y en avaient pas un bon nombre qui s’en approchaient à d’autres niveaux....

 

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