23/09/14

Gérez la santé sécurité. Obtenez le meilleur... Prévenez le pire. - EXTRAIT 2

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(Extrait 1 et 2 publiés les 22 et 23 sept) 

 

« En santé sécurité vous devez rêver très haut, sinon vous obtiendrez du très bas. »

Marc-André Ferron

 

Chapitre 2 – Mon premier vrai poste en prévention

Diplôme techniques et baccalauréat en administration en poche avec déjà quelques années d’expériences en poche me voilà fin prêt pour la grande entreprise. Yaoou! Enfin les possibilités de promotion, les gros budgets, la grosse paye et les défis. 

 

L’aspiration rêvée pendant les études se concrétisait enfin. Fini les PME avec des pratiques à en faire des cauchemars. Me voilà maintenant nouveau coordonnateur en santé sécurité dans une usine de pâtes et papiers de 600 employés qui faisait partie d’une grande corporation multinationale.

 

Je rencontre mon nouveau directeur général peu de temps après mon arrivée et celui-ci me mentionne de prendre le temps qu’il faut pour me retrouver dans cette usine, de connaître les gens et de comprendre les pratiques internes. Il estimait qu’un bon trois mois ne serait pas de trop.

 

Alors, je me suis mis à me promener dans l’usine histoire de faire connaissance avec les gens et bien évidemment, les premières questions qui me sont venue étaient : « Heye le jeune! Ta mère à sais-tu que t’es icite! », « T’es-tu venu en autobus? ». Retour de quelques années en arrière…

 

Quand je leur demandais comment étais la sécurité à l’usine, ils se faisaient aussi plaisir de me répondre : « La santé sécurité c’est de la marde! ». Mes années d’expériences sont alors venues à mon secours...

 

Je trouvais toutefois particulier que des employés aussi bien traités (à mes yeux de gars qui sortait de milieux de PME), tiennent un tel discours. Je trouvais qu’ils avaient plus que tout et par-dessus le marché, ils étaient grassement payés.

 

À titre d’exemple l’ensemble des employés étaient sortie de leur poste deux fois par année, réunis à l’hôtel pour des journées de santé sécurité, lesquelles étaient composées de rencontres avec différents animateurs et conférenciers de tout ordre sur des sujets de santé ou de sécurité. Je me rappel même pendant une conférence sur l’alimentation santé, d’avoir entendu un employé qui levait la main, demander à la conférencière sur un ton scandalisé : « Mais qu’est-ce que la compagnie va faire pour qu’on mange bien?!! ». On était loin de l’usine de charbon de bois.

 

Bref, j’avais trois mois pour connaître l’usine, quand trois jours après mon arrivée un employé a coupé une ligne de 2200 volts avec un chariot élévateur. L’employé a sauté en bas du chariot et celui-ci a pris feu, avant d’être éteint par la brigade d’urgence. C’était la fin de mon trois mois d’intégration… après trois jours.

 

Mon DG débarqua dans mon bureau et me demanda un rapport d’enquête complet. Le siège social téléphonait, le directeur santé sécurité corporatif aussi, les syndicats s’indignaient, bref la totale. Dans les semaines et mois qui ont suivis d’autres événements graves sont survenus. 

 

Une passerelle avait cédée sous le poids d’un employé qui marchait et celui-ci a été brûlé au deuxième et troisième degré aux deux jambes. Sa chute l’avait entraîné dans un réservoir de pâte de papier thermomécanique à 85 degré Celsius. 

 

Un autre employé débloquait une ligne de pâtes thermomécanique d’une hauteur de cinq étages qui s’est vidée lorsque débloquée, sur les pieds et tibias. Il a aussi été brûlé au deuxième et troisième degré. 

 

À chaque fois la tension montait, mon rôle me paraissait de moins en moins clair et je commençais à me demander si la santé sécurité était réellement… de la marde…

 

Les deux cas qui ont tout changé

Une nuit de novembre alors que je suis profondément endormi, ma pagette vibre à côté du lit.  Le message indique : « travailleur en détresse dans le triturateur ». 

 

Pour ceux qui ne s’y connaissent pas dans le domaine des pâtes et papiers, un triturateur est un peu comme un « blender  géant ».  Un tel équipement sert à remettre le papier en pâte pour le retourner dans le procéder par la suite.

 

 À l’intérieur du réservoir, des jets d’eau chaude et une hélice de bonne dimension tournait à plus de 1200 tours par minute. De tels équipements sont capables de broyer un rouleau de papier d’une tonne en quelques secondes. 

 

Un jeune homme de 22 ans qui avait été embauché environ trois mois auparavant a chuté à l’intérieur de l’équipement en fonction.  Il avait coupé un rouleau de papier d’une tonne avant de l’éjecter vers le triturateur. Toutefois, le rouleau c’était coincé dans la chute conduisant vers le triturateur.

 

Il a donc été chercher l’aide d’un employé plus expérimenté. Les deux en étaient venus à la conclusion qu’ils devaient à l’aide d’une grande tige passer une corde derrière le rouleau coincé puis attacher cette dernière aux fourches d’un chariot élévateur et reculer pour décoincer le tout, ce qu’ils ont fait.

 

Cependant, l’opération ne s’est pas tout à fait déroulée comme prévue. La corde c’est rompue aux deux extrémités simultanément. La première extrémité est tombée dans le triturateur puis l’autre est restée jonchée au sol. La partie tombée dans l’équipement c’est enroulée autour de l’équipement qui tournait à 1200 tours par minute. L’autre extrémité a fouettée et s’est enroulée autour de la jambe de l’employé. Il a chuté au sol et a glissé sur une distance d’environ 20 pieds avant de tomber dans le triturateur en marche.

 

Pendant sa rapide glissade au sol, il savait qu’il allait mourir puisqu’historiquement dans l’industrie des pâtes et papiers, tous ceux qui sont tombés dans ce genre d’équipements en sont tous sortie morts, estropiés. Sans avoir le temps de voir le film de sa vie, il a fermé les yeux et c’est dit en ces mots: « criss que ça va faire mal ».

 

Heureusement pour lui ou miraculeusement pour lui, un employé qui passait par là, l’a vu glisser au sol, a couru jusqu’à l’arrêt d’urgence et a appuyé sur celui-ci. Lorsqu’il a atterrit dans le triturateur il a entendu les moteurs arrêter et n’a été frappé qu’une seule fois par l’hélice. La seule puissance de ce coup eu pour effet de lui déplacer les muscles et tendons des jambes et il en a eu pour plusieurs semaines à pouvoir remarcher normalement.

 

La chance et la présence d’un employé à proximité de l’arrêt d’urgence ont été les deux seuls facteurs qui ont permis d’éviter  la mort de cet employé.

 

Évidemment, tout cela n’a pas été sans conséquence. Le poste auquel était attitré le jeune homme était le poste de base par lequel l’ensemble des employés commençaient à travailler suite à leur embauche. 

 

Tous les enfants des employés qui venaient travailler l’été à l’usine commençaient aussi à ces fonctions de base de l’organisation. Tous étaient en mesure de comprendre l’ampleur de ce qui venait de se passer et tous se sentaient concernés.

 

La production qui était à des niveaux record depuis des semaines a drastiquement chutée puisque tous les employés ainsi que l’équipe de gestion avaient perdu le focus de production.

 

La CSST est venue, faire son enquête et a arrêté les opérations sur l’équipement jusqu’à correction des infractions. Plusieurs constats tous en lien avec des manquements en gestion de la prévention ont été émis :

 

· Procédure de déblocage inexistante

· Non-respect de la procédure de cadenassage

· Absence de garde-corps à certains endroits sur l’équipement

· Absence de règles de sécurité écrites et affichées

· Programme d’accueil et de formation incomplet

 

L’employés blessé dans le triturateur, en a eu pour près de six mois en arrêt de travail et a vécu un important choc post-traumatique. Il devenait blanc seulement à l’idée de penser à l’usine, il a figé de peur à son premier passage près de l’équipement. Il n’y a jamais retravaillé.

 

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